Interview:
L’energie et le nucléaire vu par Vincent Jaques le
Seigneur
Propos receuillis par Luke
Browne
Vincent
Jaques le Seigneur est l’Ancien Directeur de l’Institut
Français de l'Environnement (IFEN), conseiller aupres de
la Ministre française pour l’environment, Consultant
d’enterprises, Journaliste, Auteur et Professeur à
Science Po.
Quelle
est l’énergie le plus sûre, écologique
et durable. Et pourquoi?
La
plus sûre…c’est les énergies renouvelables.
Plutôt je pense que la solution aujourd’hui, c’est
que, il n’y a plus une énergie extraordinaire. On est
sorti de l’ère nucléaire ou de l’ère
du charbon. On est dans une situation où nous allons devoir
faire appel à un bouquet énergétique, avec
des petites énergies locales, le solaire ou l’éolien,
et puis des énergies de masses, dont on a encore besoin,
comme les énergies fossiles pour d’autres usages. Et
c’est le bouquet énergétique qui est sans doute
la bonne réponse aux défis qui est devant nous avec,
en outre, un effort considérable à faire sur l’efficacité
énergétique. Parce que le kilowattheure le moins cher
à produire c’est celui que l’on ne consomme pas.
Quelle
France sans nucléaire? (une tour Eiffel moins brillante ?…)
Quelle
France sans Nucléaire? Oh de toute façon, il faut
être honnête et sérieux. La France n’est
pas sortie du nucléaire. En revanche il faut préparer
la suite du programme électronucléaire, ce qui veut
dire deux choses. Je pense que le choix de surgénérateur
EPR est une erreur, à la fois technologique et financière,
parce que c’est un outil qui a coûté très
très cher, et quand même les experts du nucléaire
doutent de son intérêt technologique ; et puis parce
que cet argent, on pourrait l’investir dans le développement
des autres énergies, qu’il s’agisse de la biomasse,
de l’éolienne, de la géothermie, de toute sorte
d’énergies qui existent, qui sont sur notre territoire.
Je crois que même maintenant les grandes maisons comme EDF,
qui a porté pendant trente ans le nucléaire en France,
sont parfaitement conscientes et même favorables à
la diversification énergétique. Ils ne sont pas prêts
à renoncer au nucléaire, on est bien d’accord,
mais ils ont bien compris que le nucléaire ne pourrait pas
répondre à tous les besoins. Pour une raison simple
d’ailleurs, c’est que le nucléaire ne fait que
de l’électricité, ça ne fait pas de combustible.
Or comme vous le savez, pour transporter il faut des voitures et,
pour faire tourner une voiture, il faut un carburant, et ça
c’est pas de l’électricité, donc c’est
pas le nucléaire.
Le
Nucléaire semble une bonne réponse à la crise
énergétique contemporaine. Cependant la question de
déchets reste. Pourriez-vous faire le point sur cette problématique?
Oui
c’est une question qui reste entière. Je trouve intéressant
de constater que quand le programme électronucléaire
français était dans son grand développement
dans les années 75-80, on disait mais “vous inquiétez
pas pour les déchets. On trouvera la solution.”
Mais
aujourd’hui on est trente ans plus tard. Pas un ou deux ans.
On est trente ans plus tard. Et la solution n’est toujours
pas trouvée. Ça c’est une première leçon
pour l’homme, de modestie, c’est qu’il faut se
méfier des solutions techniques qui vont soi-disant arriver
comme si par magie.
Ben
non! Sur les déchets, on n’a pas trouvé. Ça
c’est le premier constat. Deuxième constat, c’est
de dire puisqu’on n’a pas la solution technique, attendons.
Et attendre ça veut dire stockons ces déchets en lieu
sûr, non pas en profondeur, mais ce que l’on appelle
en France en sub-surface, c’est-à-dire en profondeur
légère, de façon à ce que le jour où
l’on aura trouvé la solution technologique, on peut
les sortir et les traiter. Mais les déchets nucléaires
étaient une question entière, il y a trente ans, c’est
toujours une question entière en 2006.
Alors
que sur le nucléaire, on ne peut pas dire la même chose
sur la sécurité et la sûreté.
Pouvez-vous
donc faire le point sur la problématique de sécurité…
notamment dans les installations nucléaires. Par exemple,
la tentation par des terroristes d’exploser un réacteur
en Australie il y a quelques mois?
On
peut faire deux constats là-dessus: dire que la sécurité
et la sûreté des centrales nucléaires ont fait
des progrès considérables pendant trente ans, et ça,
il faut le reconnaître, que le savoir-faire, l’expertise
des ingénieurs, notamment d’EDF, mais pas que d’EDF,
sont reconnus dans le monde entier. Mais. Il y a deux “mais”,
le premier, c’est que les centrales nucléaires utilisent
de plus en plus une main-d’oeuvre de souterrainement intérimaire,
ce que veut dire que les gens qui se retrouvent aux commandes des
centrales nucléaires sont des gens qui ne sont pas du tout
d’EDF. Et donc ce savoir-faire, cette expertise sur la sûreté,
elle risque déjà de payer.
Ils
sont sous-qualifiés?
Soit
sous-qualifiés, soit ils changent souvent, en tout cas, il
y a plus du tout le même contrôle. Ça c’est
la première question. Quelle réponse EDF peut faire
à ça, j’aimerais bien le savoir. La deuxième
question qui est posée sur la sûreté, c’est
de dire que les centrales nucléaires sont prévues
pour durer trente ans à peu près. Aujourd’hui
on dit qu’on les fait durer quarante ans. Parce que après
tout elles tournent bien, elles ne tombent jamais en panne et là…Pourquoi
pas ? Après tout on va amortir les installations, ça
ne nous coûtera pas cher. Sauf que, plus l’installation
est vielle, c’est comme une voiture, plus le risque de panne,
voir d’accident, grandit. Donc on rentre dans une époque
- on va dire que les vingt ou trente premières années
étaient des périodes pas faciles, mais plutôt
sécurisées parce que les installations étaient
neuves - aujourd’hui on rentre dans dix ans de vie nucléaire,
où les incidents, peut-être les accidents, vont se
répéter. Pas à cause d’EDF, mais parce
que les installations, elles ont trente ans. Voilà, et quand
vous avez une voiture de plus de dix ans c’est pareil, elle
a plus de probabilité de tomber en panne que si elle est
neuve.
Le
Royaume-Uni pense aller complètement nucléaire, mais
l’Irlande voudrait investir dans les énergies renouvelables.
Quelle recommandation auriez-vous à faire aux gouvernements
respectifs ?
Je
crois que l’urgence pour un gouvernement, qu’il soit
irlandais, anglais ou n’importe ou en Europe c’est la
diversification de sources d’énergies, premièrement,
et la maîtrise de la consommation, deuxièmement. Donc
s’il y avait des conseils ou des priorités ça
serait faire ça d’abord. Pour différentes raisons
: quand vous produisez de l’énergie éolienne
ou solaire, vous produisez des énergies locales, donc vous
n’êtes pas soumis au chantage qu’il y a sur le
prix du pétrole, par exemple, au chantage international.
Deuxièmement vous créez de l’emploi, localement,
parce que pour faire installer votre éolienne ou votre panneau
solaire c’est quelqu’un de local, il n’est pas
venu de Pologne pour l’installer, vous créez de l’emploi.
Et troisièmement ce sont des productions d’énergie
qui correspondent exactement à vos besoins domestiques, donc
c’est ça la demande. Si déjà on résout
cette équation-là, la deuxième ambition que
devrait avoir un gouvernement c’est régler la question
du transport. Quand on regarde la question du changement climatique,
la seule grande question qu’on doit se poser aujourd’hui
- on voit que l’industrie, en gros, stabilise ses émissions
à effet de serre - on voit deux secteurs qui sont dramatiques
: c’est l’habitat et les transports. Donc si un gouvernement
doit faire des choix énergétiques, il doit les faire
en se posant les questions de l’habitat et du transport, et
là, le nucléaire n’a pas de réponse.
Donc il faut d’abord maîtriser la consommation, imposer
des normes de construction beaucoup plus sévères pour
l’isolation, recourir à des énergies renouvelables
etc. Et utiliser le parc existant.
Avec
la hausse du prix du baril du pétrole à des niveaux
vertigineux, pensez-vous que c’est une réflexion réelle
de la situation présente ? A-t-il des intérêts
particuliers qui perpétuent notre dépendance au pétrole
?
Le
problème de la hausse du prix du pétrole c’est
qu’elle n’est pas réelle, je veux dire, elle
n’est pas portée que par les producteurs de pétrole.
Elle est portée par les spéculations qu’il y
a sur le prix du pétrole et donc elle va avoir des cycles
avec des hauts et des bas très rapprochés. Donc elle
va peut-être monter à 90 dollars et redescendre à
65 etc, et à chaque fois on va dire ‘ça va mieux’,
‘ça va moins bien’, et c’est un vrai problème
cette inconstance du cours du baril parce que vous ne pouvez pas
engager de politiques alternatives à long terme. Car si un
gouvernement français dit, par exemple, le baril à
90 dollars on ne peut pas, donc on va développer telle ou
telle chose, les transports en commun par exemple, il faut qu’il
ait 10 ans de visibilité par rapport a des politiques publiques
et des investissements, or si ça se trouve une semaine plus
tard le cours du pétrole va chuter – alors ils diront
‘bien voilà, c’était pas la peine’.
Alors le cycle du combustible, lié essentiellement à
la spéculation, fait que pour le moment c’est qu’une
mauvaise nouvelle, et c’est une mauvaise nouvelle parce que
les gens qui paient le prix fort ce sont les gens qui ont le moins
de possibilités alternatives. Par exemple, le pécheur,
qui va tous les matins pêcher le poisson dans la mer atlantique,
il n’a pas le choix lui entre le pétrole et le solaire,
il tourne au gazole. Donc si demain le gazole monte de 30 a 50%,
eh bien lui, son activité est en faillite. Lui il n’a
pas le choix. On ne peut pas lui dire ‘tu n’as qu’a
prendre une autre énergie’. Donc le risque c’est
ça, c’est qu’on va pénaliser des activités
qui elles n’ont pas d’autre choix que de recourir à
d’autres types d’énergies. La seule solution,
c’est de les aider, évidemment. Mais il faut faire
des efforts ou en peut en faire. Moi je pense qu’il faut renchérir
le tarif automobile de la voiture particulière, qu’il
faut favoriser les transports en commun. Il faut une nouvelle conception
de la mobilité. Aujourd’hui pour favoriser la mobilité,
il faut freiner la mobilité. Il faut faire en sorte qu’il
soit aberrant d’habiter à 100 kilomètres de
son travail. Aujourd’hui, au contraire, on favorise. Voilà,
il faut changer complètement de conception. Et c’est
pas le pêcheur qu’il faut toucher.
Où
est le juste milieu entre notre besoin du pétrole/énergie
et notre responsabilité envers l’environnement ?
C’est
une question de mentalité, et de politique publique. Il faut
que les gouvernements, et c’est là que j’ai une
difficulté, parce que le pétrole a un prix qui varie
tout le temps, aient des politiques publiques de long terme, sur
la diversification énergétique et dans la lutte contre
la changement climatique. Ça c’est un effort qui va
nous prendre 20 ou 30 ans donc il faut s’engager tout de suite
fortement et il faut oser parce que c’est impopulaire. Mais
il ne faut pas hésiter, par exemple la transportation par
le camion est une aberration totale donc il faut augmenter de 10%
le prix du carburant du camion. Sauf que demain on risque une grève
générale ! Donc il faut avoir de l’audace. Il
y a des exemples faciles. Un exemple très précis :
il y avait une ligne de bateaux pour transporter des bateaux qui
allait du nord de l’Espagne, vers Bilbao, jusqu’a l’Angleterre.
Et donc ça évitait les camions de traverser toute
la France. Cette ligne a été fermée l’année
dernière parce qu’elle n’était pas rentable
par la société, l’exploitait disait qu’elle
n’avait pas assez de camions. Ça c’est un exemple
typique. C’était une priorité absolue, il aurait
été normal que les gouvernements disent ‘non
il n’est pas question que cette ligne ferme’. Il vaut
mieux subventionner à perte pendant dix ans s’il le
faut mais il faut montrer que c’est ça la voie de l’avenir,
parce que sur un ferry vous transportez soixante-dix semi-remorques,
et que ces soixante-dix semi-remorques, ils ne sont pas sur les
routes de France en train de polluer, de consommer et de faire des
accidents.
Jusqu'à
l’année 2000 les questions d’environnement n’étaient
pas compliquées à traiter parce qu’elles avaient
toujours des solutions techniques. Et donc ça coûtait
de l’argent, donc c’était plus facile pour les
pays riches comme nous que pour les pays pauvres de protéger
l’eau, l’air. Aujourd’hui la question que pose
le pétrole – raréfaction – parce que tôt
ou tard il n’y en aura plus donc il faut s’y préparer,
pollution, changement climatique. Ces questions-là font qu’il
faut que nous ayons une diversité de réponses qui
ne sont pas seulement technologiques. Il n’y a pas de réponse
technique au changement climatique. Donc là aujourd’hui,
c’est qu’on est devant un défi qui ne se pose
pas seulement aux français et irlandais, qui se pose à
la planète entière, donc à l’homme, et
à l’humanité qui est incroyablement nouvelle.
Il touche toute la planète. Il n’y a pas de solutions
techniques et il est imminent, le danger. Donc là il n’y
a pas de juste milieu. Là il va falloir une révolution.
Autant sur l’environnement on pouvait dire ‘on trouve
des petites solutions’, et ça a bien fonctionné.
On peut dire qu’en vingt-cinq ans en Europe l’ensemble
des pays européens ont pu protéger l’eau, l’air
et pouvaient gérer les déchets plus ou moins bien,
mais grosso modo c’est plutôt bien. Autant là,
la question du changement climatique nécessite une mobilisation
de l’ensemble des humains et de leurs moyens et un changement
de culture tellement grand qu’il s’agit d’une
révolution totale. Ce n’est pas anecdotique. Ce n’est
pas six moins, un an de finance publique, c’est un plan de
trente à quarante ans. C’est tous les pays du monde.
C’est une autre dimension, si vous voulez.
C’est
possible à l’avenir, une telle mobilisation?
On
n’aura pas le choix. Aujourd’hui on hésite parce
que l’on se dit ‘oui mais c’est pas chez nous,
les ouragans sont en Amérique, les îles qui s’engloutissent
sont au Pacifique, et puis on n’est même pas sûr
si c’est vrai, s’il y a un rapport entre les grandes
catastrophes naturelles et le changement climatique et l’on
n’a qu’à attendre pour voir’. Mais moi
je suis convaincu que si les catastrophes se multiplient de toute
façon on n’aura pas d’autre choix parce qu’on
n’aura pas assez d’argent. On sait par exemple qu’il
y a eu des grandes tempêtes en France en décembre 99,
deux grosses tempêtes qui ont traversé toute l’Europe.
En France, ça a coûté 15 millions d’euro.
15 millions d’euro c’est pour une tempête qui
a duré 24 heures. Es-ce qu’on est capable de payer
15 millions d’euro toutes les semaines ou tous les mois? La
réponse c’est non. Voilà, donc si on n’a
pas les moyens, il faut que les décideurs, les élus
prennent d’autres décisions que des décisions
financières parce qu’ils n’ont pas l’argent.
Il faut imposer d’autres formes de déplacement, de
consommation etc. Donc je suis convaincu qu’on est entre deux
eaux. Je crois maintenant que la majorité des gens sont convaincus
de la réalité de ce défit du changement climatique.
Mais personne n’ose envisager la réponse et le coût
n’est pas encore assez élevé pour qu’il
y ait cette révolution culturelle dont je parlais tout à
l’heure. Et à mon avis le coût va être
terrible et alors là…
Si
les ressources du pétrole s’épuisaient soudainement
demain, que se passerait-il ?
Ça
serait dramatique. Non seulement pour nous, mais pour l’ensemble
du monde. Il ne faut pas oublier que dans les économies complexes
comme les nôtres, on va dire qu’on a des réponses,
plus ou moins bonnes, mais je pense qu’on aura des ressources
pour répondre à cette crise. Dans les pays en voie
de développement, tout à l’heure je vous parlais
des pécheurs en France, mais dans des petits secteurs comme
ça dans les pays modernes, soit des pays entiers, je pense
à des pays d’Afrique ou d’Asie, c’est toute
l’économie que vous mettez à plat. Parce que
ces gens-là qui vivent seulement de leur petit hectare de
blé, s’ils ne peuvent pas transporter leur blé
à la ville voisine, ils sont morts. Donc pour eux c’est
une question de vie ou de mort. Vous pouvez imaginer qu’on
n’aura plus de nucléaire, donc on essayera autre chose,
des solutions techniques et je ne sais pas. Mais il y a des pays
beaucoup plus vulnérables que nous. Comme on dit de la maladie,
il y a des gens qui sont plus exposés d’autres.
Je
ne sais pas ce qui se passera. Aujourd’hui il y a trois enjeux.
Il y a l’enjeu du prix et l’on se demande toujours,
mais ça fait depuis trente-cinq ans, je me souviens qu’en
75 on se demandait à quel moment - à l’époque,
on parlait en francs - on disait mais quand le baril sera à
5 francs les gens arrêteront de circuler dans leur voiture.
Aujourd’hui, en équivalant en francs, il doit être
à 10 francs. On circule toujours en voiture. Donc la première
question c’est le coût. De savoir à quel moment
on atteindra un coût de carburant qui atteindra une barrière,
qui fera que vous, moi, on ne prendra plus notre voiture pour aller
en week-end ou pour aller travailler. Première question.
Deuxième question, c’est de combien de temps on dispose.
Est-ce que la fin du pétrole c’est dans dix ans, trente
ans ou dans quatre-vingts ans? Et ça change tout. Parce que
les politiques à mettre en oeuvre ne sont pas de même
nature, les moyens mobilisés ne sont pas de même ordre.
Si on dit c’est dans dix ans, c’est-à-dire il
faut mettre tout notre savoir-faire, notre argent là-dessus.
Et si vous le mettez là-dessus, vous ne le mettrez pas sur
la santé publique, vous ne mettrez pas…En revanche
si c’est dans quatre-vingts ans, on a plus de temps, donc
on peut mettre moins d’argent tout de suite. Donc la question
du délai est extrêmement importante. Là-dessus,
il n’y a pas de réponse très claire. On sait
qu’on n’est pas loin du moment où on sera en
haut de la courbe et on commencera d’être en raréfaction.
Mais si c’est trente ou cinquante ans, personne ne peut le
savoir. Troisième question c’est le changement climatique.
Pétrole, donc Co2, égale gaz à effet de serre,
donc changement climatique. Et donc là aussi on est sûr
du changement climatique, on est quasi sûr de la vitesse,
c’est-à-dire on dit entre 1 et 4 degrés pendant
le siècle. Et l’on commence à s’interroger
sur les effets. Combien d’ouragans, combien de pays qui seront
inhabitables parce qu’il n’y aura plus d’eau,
combien de pays seront en train d’êtres inondés.
Parce que c’est très compliqué, donc tout ça
on ne maîtrise pas bien.
Le
Président Chirac a récemment proposé des pôles
de compétitivité qui incluent des propositions sur
l’énergie renouvelable. Aurez-vous des commentaires
à faire ?
Je
m’occupe d’un des pôles de compétitivité
qui s’appelle TENERDIS, qui est dans la région Rhône-Alpes
entre Lyon et Grenoble, je m’en occupe personnellement. Pour
dire la vérité quand ils ont eu cette idée
en décembre 2004 nous étions extrêmement sceptiques,
en disant ça ne marchera jamais. La réalité
c’est que ça a marché. C’est-à-dire
qu’avec ce pôle de compétitivité, on a
réussi à mettre autour de la table l’ensemble
des acteurs de l’industrie, des grands groupes et des petits,
les centres de recherches, les collectivités locales, qui
maintenant travaillent ensemble sur les énergies renouvelables.
Notre pôle il est spécialisé pas que sur les
énergies renouvelables, pas que solaire. Sur toutes les énergies
renouvelables, on a mobilisé 27 millions d’euro d’argent
public. C’est la première fois en France qu’on
met autant d’argent sur les énergies renouvelables.
Parce que dès l’instant où vous mettez tous
les acteurs ça suscite une sorte d’attraction sur les
fonds publics. Avant vous dispersiez un peu d’argent sur tous
les labos, et maintenant vous mettez beaucoup d’argent là
sur cette table parce que c’est la table la plus importante.
Donc le pôle de compétitivité, c’est ça.
C’est la capacité de dire ‘maintenant je ne vous
aiderai que si vous travaillez ensemble’, et des gens qui
ne se connaissaient pas maintenant sont obligés de se voir
tous les jours. Soit ils ne se connaissaient pas parce que, par
exemple, c’était une grande entreprise et une petite
PME, soit parce que c’était un groupe industriel et
un labo de recherche. Donc des gens qui ne sont pas habitués
à réfléchir ensemble. Là, tout d’un
coup, ils sont obligés de travailler ensemble s’ils
veulent avoir l’aide de l’état et la reconnaissance
de l’état. Dans notre domaine, les énergies
renouvelables ont eu un succès incroyable. Alors il est trop
tôt pour mesurer l’efficacité. Ce qu’on
sait c’est que ça a marché, les gens sont autour
de la table et il y a de l’argent sur la table. Maintenant,
on va voir si les recherches qui sont financées avec cet
argent produisent. Il est trop tôt, il faut attendre deux
ou trois ans. Dans trois ou quatre ans on dira ‘oui ça
c’était efficace, la preuve’. Aujourd’hui
on peut juste dire c’est une opération 100% réussite.
Mais on n’a rien inventé en France, c’est comme
ça que l’informatique s’est développée
aux Etats-Unis, ni plus ni moins. Ce phénomène de
grappe, c’est à dire quand dans la même vallée
vous mettez à la fois l’industrie lourde, la recherche,
les start-up, et bien vous faites des systèmes et vous accélérez
terriblement la modernisation et les innovations.
Pour
quand une économie avec seulement des énergies renouvelables
?
Je
ne sais pas. Je n’ai pas de réponse à cette
question. Je pense que nous sommes à la veille d’une
économie encore une fois d’austérité,
ou en tous les cas d’économie d’épargne
sur l’énergie c’est à dire on va consommer
beaucoup moins dans les années qui viennent. On le voit déjà,
une voiture moderne, pas un 4x4, une petite voiture moderne consomme
beaucoup moins qu’il y a dix ans. Donc on voit bien qu’on
fait des progrès. Pareil pour les émissions. Donc
on va faire des progrès là-dessus, on va diversifier
les ressources. Je ne vois pas demain, en l’état de
la connaissance, une société qui ne fonctionnera qu’à
partir d’énergie renouvelable. Mais encore une fois
la science peut faire des progrès incroyables. On peut même
imaginer - le nucléaire en tant que tel, ce n’est pas
une mauvaise idée - la maîtrise de l’atome. Ce
n’est pas une mauvaise idée. Ça pose deux problèmes
majeurs qu’on n’a pas résolus, c’est 1)
le risque d’accident et 2) le déchet. Imaginons que
nous avons solutionné ces deux problèmes. Moi je suis
pour le nucléaire. C’est génial que l’homme
ait pu maîtriser l’atome pour faire de l’énergie.
On ne pouvait pas imaginer une découverte scientifique plus
fabuleuse que celle-ci. Il se trouve que là il y a deux problèmes
qu’on n’a pas résolus. Soit on les résout,
soit il faut faire d’autres découvertes. Mais c’est
plus haut que cet ordre-là, je pense qu’on va découvrir
de nouvelles sources d’énergie, de nouveau vecteurs
ou des moteurs qui ne consommeront plus du tout ou très peu.
Je prends l’exemple de la maison. Dans les pays du nord de
l’Europe, en Norvège, en Suède, mais aussi en
Allemagne, en Autriche, on fait des maisons à énergie
positive. Ce qui veut dire que vous avez une maison, et dans les
pays du nord, pas où il y a du soleil tout le temps, vous
avez une maison, elle produit plus d’énergie qu’elle
n’en consomme en moyenne annuelle. D’abord elles sont
très bien isolées, donc il y a très peu de
perdition énergétique, et puis elles sont équipées
de géothermie, de solaire etc…Ce qui fait qu’en
moyenne annuelle - alors, en hiver elles vont consommer un peu plus
- mais en moyenne annuelle, finalement, entre ce qu’elles
consomment et qu’elles produisent, et bien elles produisent
plus. C’était inimaginable il y a quinze ans ! Aujourd’hui
ça existe. C’est quand même le rêve de
tout homme, vous produisez plus d’énergie que vous
n’en consommez. Donc sans doute dans le domaine des transports,
on fera des révolutions aussi de cet ordre, mais lesquelles,
je ne sais pas.
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