Nous sommes toutes bisexuelles…

par Roxane Paire

 

Quelque soit l’homme à qui l’on pose la question, la réponse semble identique : oui, deux femmes ensemble, c’est excitant. La diffusion de cette image est en grande partie due à l’industrie pornographique qui semble lui porter grande importance. En effet le chatouillis entre filles est l’une des scènes clé du film, une sorte de séquence classique au même titre que la cigarette du héros américain stressé. Mais la question n’est pas de juger le caractère sensuel d’une telle scène, la question est de savoir si, dans la vraie vie, elle devient possible. En effet, il m’est rarement arrivé, même lorsque je m’ennuyais beaucoup, de me tourner vers ma copine et de lui demander : ça te dirait de jouer à broute minou.

Certes je ne suis ni lesbienne ni bisexuelle ; ceci explique donc cela. Je ne vois pas plus un couple de lesbiennes inviter un homme à visionner leurs ébats. Pour l’instant, la seule possibilité d’un rapport entre filles devant un homme me semble être le ménage à trois mais là encore je doute (et je ne suis pas la seule puisque je lisais à ce sujet un article de Mélanie Coste (1) qui semble partagée mon avis).

Cette constatation mérite une explication exhaustive. Il y a quelques semaines, je suis allée dans une boîte lesbienne, et j’ai passé une excellente soirée avec des filles intelligentes, drôles et sociables. En bref, des êtres humains sympathiques. Je racontais ma soirée à quelques personnes, dont plusieurs hommes. Ce fut le jour où mon hétérosexualité fut remise en question. Entendons nous bien, lorsque mes amies m’ont demandé s’il s’était passé quelque chose je leur ai répondu que non ; elles m’ont cru, fin de la conversation. Reprenons la même question posée par les garçons : as-tu été tentée ? Même réponse. Et là, la phrase qui tue : tu sais on est tes amis tu peux nous le dire s’il s’est passé quelque chose. Parce que, dans leurs petites têtes aux fantasmes pré conditionnés, un club lesbien est forcément un lieu d’extrême débauche dont nulle ne ressort telle qu’elle y est entrée.

Cette réflexion m’a choquée non seulement parce qu’elle émanait de personnes raisonnablement intelligentes mais plus encore parce que mon agréable soirée se métamorphosait en un surréaliste film porno dans lequel j’avais le rôle principal. Alors oui, je l’avoue, toutes mes soirées en boîtes depuis l’âge de quinze ans ont toutes finies en une orgie gigantesque où tout le monde se sautait dessus. Mais c’est pareil pour vous n’est ce pas ? Comment peut-on être stupides au point de croire que la sexualité, quelle qu’elle soit, est aussi simple et facile. Serions nous tous devenus des Bonobos (2) ? Je fus également très énervée par ces réactions : d’où vient cette légende selon lesquelles toutes les filles ont des tendances saphiques. Ce qui m’ennuie le plus c’est que l’image de la sexualité entre femmes soit réduite à ce statut de fantasme masculin. Admettre son homosexualité et la vivre pleinement représente un stade important de l’émancipation féminine car pour la première fois de l’Histoire on assiste à un rejet total du patriarcat. Mais voilà qu’une fois de plus cet accès à la liberté est réduit à un vulgaire libertinage, une histoire de coucherie.

Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin .Il y eut plus stupide encore (je rappelle que je parlais à des gens avec un cerveau) : Il doit leur manquer quelque chose. Ah ! Ah ! LA fameuse question de la nécessité du pénis…C’est sans doute l’un des mensonges les plus jalousement garder de l’Histoire…Pourquoi, alors qu’on rabâche sans cesse que les femmes ont une sexualité intellectuelle (autre très jolie connerie qui, sous couvert de rendre la femme intellectuelle, justifie l’incapacité physique de son partenaire à la faire jouir) auraient-elles besoin d’un élément aussi trivial qu’un pénis ? En vérité je vous le dis, il y a bien peu d’hommes qui méritent de posséder cet outil dont ils savent si mal se servir (non, le sexe masculin n’est pas un tuyau d’arrosage fou, ni un marteau piqueur, c’est un organe, Messieurs). Accaparés par ce qu’ils considèrent comme le symbole de la sexualité, ils en oublient trop souvent ces autres parties de leurs corps qu’ils pourraient pourtant mettre plus à profit. Et si les femmes ont effectivement besoin de cet appendice, c’est sans doute que leur sexualité n’est pas aussi spirituelle qu’on veut nous le faire croire. Outre une sexualité intellectuelle, on les imagine souvent à la recherche de rapports « tendres », « sensuels ». Mensonges là encore. La femme est un homme comme les autres. L’attrait d’une relation charnelle réside dans ce qu’elle a d’un peu bestiale, de bassement animale. Chercher à introduire des sentiments là où n’existe que de la convoitise, voire de la concupiscence, revient une fois encore à transformer la femme en un être incapable de gérer son corps et ses désirs.

Mais cessons là ces diversions féministes et retournons au fil de ma conversation. Tout cela a bien évidemment abouti à la question de l’expérience à trois (deux femmes et un homme cela va de soi parce, pour plus de neuf males sur dix, le contraire est inconcevable). Là encore je m’étonne : comment peut-on croire un instant que ce genre d’expérience est intéressante pour les trois. En effet, je n’ai jamais rencontré que des gens très satisfaits mais d’un autre côté je ne vois pas comment qui que ce soit pourrait s’en plaindre ouvertement. Vous voyez le mâle viril débarqué devant ses potes et leur dire : hier avec Ginette c’était plan à trois et c’était pourri. Soyons réaliste, l’expérience peut paraître prestigieuse mais elle doit bien souvent se révéler décevante. Comment penser de façon réaliste l’homme capable de satisfaire deux femmes en même temps. Son intérêt se portera forcément plus sur l’une d’entre elles puisque, en toute logique, son intérêt est de se satisfaire et que jouir dans deux filles à la fois me semble un tantinet compliqué. Qu’on me fasse grâce des références X : il me paraît très peu probable que les deux filles soient assez gentilles et satisfaites pour finir le travail ensemble…La seule possibilité est que le garçon face abnégation totale de son propre plaisir et se consacre uniquement aux filles mais cela me semble irréalisable car dans ce cas soit vous êtes avec Dieu, soit il n’a pas compris ce qu’était la réalisation d’un fantasme. Mais passons outre ces considérations sexistes. Si ménage à trois il y a, il ne peut raisonnablement pas se concevoir dans un contexte amoureux. La jalousie viendrait brouiller les pistes et gâcher le plaisir. Car là est tout l’enjeu : ici il ne s’agit pas de faire l’amour mais de jouer. Vous vous souvenez lorsque vous étiez petites et qu’il n’y avait qu’un Ken pour dix Barbies. Ben c’est sans doute un peu pareil, tout est dans le partage de matière première…


Voilà, je vous laisse le loisir de méditer sur la question…

 

Roxane Paire

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(1) Mélanie COSTE, FHM, n°77, décembre 2005

(2) "Avez-vous jamais entendu parler des bonobos? Non? Voilà pourtant des primates étonnants, parmi nos plus proches parents, qui se sont aperçus avant nous qu'il valait mieux «faire l'amour que la guerre», et cela selon les techniques les plus sophistiquées du Kama Sutra. Ils n'ont été «découverts» qu'en 1929: auparavant, on les confondait avec de petits chimpanzés, malgré de nombreuses différences: face claire du jeune chimpanzé, sombre chez le bonobo, etc. Peu nombreux, ils vivent dans une région reculée au sud du fleuve Zaïre, où les troubles armés font aujourd'hui craindre pour leur survie. Il n'existe qu'une centaine d'individus en captivité.